Le marché monétaire

Ce marché permet notamment aux banques commerciales d’emprunter pour se financer à court terme. Lorsqu’une banque commerciale n’a pas assez de liquidités pour émettre des crédits, elle a recours au marché monétaire pour se procurer des liquidités.
Certains agents économiques peuvent recourir au marché monétaire pour se financer directement à court terme sur le marché monétaire.

Petit rappel sur le rôle de la Banque centrale européenne.
La BCE fixe la politique monétaire de la zone euro, dont l’objectif principal est d’assurer la stabilité des prix. Pour ce faire, la BCE contrôle l’évolution de la masse monétaire en volume, et pilote les taux d’intérêts, notamment à court terme. Elle exerce également une action directe sur le marché des changes.

Lorsqu’une banque commerciale veut se procurer des liquidités auprès de la BCE, celle-ci injecte des liquidités en prêtant à un taux directeur appelé le Taux des opérations principales de refinancement à court terme, aussi appelé le REFI.
1- Le refi : La BCE prête aux établissements de crédit à une fréquence hebdomadaire, et sur une durée de deux semaines. La procédure est celle de l’adjudication, et les banques commerciales sont invitées à y participer. Ces dernières vont présenter leurs demandes de financement à des taux différents, pendant que la BCE fixe un refi. Seules les demandes avec un taux égal ou supérieur au taux fixé par la BCE sont servies. C’est ainsi que la BCE limite les financements, en fixant un montant qu’elle estime nécessaire pour satisfaire l’ensemble des besoins sans provoquer une hausse des prix généralisée. Et ce jusqu’au prochain appel d’offres de la BCE. Bine sûr, les établissements de crédit ne peuvent emprunter qu’en fonction des garanties qu’ils apportent, comme des bons du Trésor. C’est un principe, la Banque centrale ne prête jamais en blanc.
Le taux ainsi fixé est le principal taux directeur sur lequel les taux du marché interbancaire vont s’aligner. On appelle cette source de financement : LE 1er GUICHET

2- Le taux de la facilité de prêt marginal : Et si le besoin de financement augmente de façon imprévue ? Alors les établissements de crédits ont la possibilité de se tourner vers : LE 2ème GUICHET, si elles n’ont pas trouvé les liquidités nécessaires entre elles sur le marché interbancaire.
Cette fois-ci, le montant n’est pas limité, mais la durée n’est que d’UN jour. Là aussi, elles doivent apporter des créances en garantie. C’est le Taux de prêt marginal.

3- le taux d’intérêt de la facilité de dépôts : c’est l’un des trois taux directeurs fixés par la BCE que celle-ci détermine toutes les six semaines. Il représente l’intérêt que les banques perçoivent lorsqu’elles déposent des liquidités pour 24h auprès de la Banque centrale. Ce taux est négatif depuis juin 2014. Les facilités de dépôt désignent la possibilité offerte aux banques et autres établissements financiers de la zone euro de déposer leur excès de liquidité sur leur compte ouvert auprès de la BCE, en plus de leurs réserves obligatoires (1%). Un taux négatif incite les banques commerciales à prêter leur argent plutôt qu’à le laisser dormir sur leur compte à la BCE.

Les opérations d’OPEN MARKET, opérations conventionnelles.

Les opérations d’open market de la BCE, c’est à dire effectuées aux conditions du marché, répondent à trois objectifs :
– piloter les taux d’intérêts
– gérer la liquidité bancaire
– donner le signal de l’orientation de la politique monétaire
Ces opérations se font soit par des appels d’offres réguliers ou ponctuels, soit par des transactions bilatérales.

Au sens strict, cela consiste en l’achat et la vente fermes(définitives) de titres, en particulier des titres publics comme les bons du trésor par la BCE, à son initiative, sur le marché interbancaire. L’effet va être de réduire ou d’élargir la liquidité bancaire selon les ordres d’achat ou de vente, et de faire évoluer le prix et le rendement de ces titres en les rendant plus ou moins accessibles.

Au sens large, on considère également les opérations temporaires comme les prises ou les mises en pension de titres. Comme son nom l’indique, un établissement va mettre en pension des titre à la BCE, qui va les prendre en pension. Ces titres en pension serviront de garantie à de l’argent prêté par la BCE. Si la BCE est favorable aux prises de pension, alors la liquidité va inonder le marché, et si au contraire la BCE ne veut plus rendre de pension, alors la trésorerie des établissements de crédit va se resserrer.

Les opérations principales de refinancement (Main Refinancing Operations, MRO)
Ces opérations représentent les 3/4 des opérations de refinancement. Ce sont des appels d’offre hebdomadaires qui constituent l’instrument essentiel du refinancement et du pilotage des taux d’intérêts à court terme. Ce sont ni plus ni moins des prises en pension contre des prêts d’une durée d’une semaine. Les établissent qui soumissionnent transmettent les montants et les taux proposés (forcément supérieur ou égal au refi), et les propositions aux taux les plus élevés, donc les moins avantageux pour les établissements de crédit sont prioritairement servies par la BCE.

Les opérations de refinancement à plus long terme (Long Term Refinancing Operations)
Il n’existe théoriquement qu’une forme de LTRO, d’une maturité 3 mois, qui se sont parfois transformées en durée de 3 ans du fait de la crise. Ces opérations sont destinées aux établissements de taille petite ou moyenne et qui ne font que rarement appel au système interbancaire pour couvrir leurs besoins de liquidités. La procédure est simplifiée.

Les opérations de réglages fins ont un caractère plus exceptionnel, elles permettent de faire la jonction entre deux opérations de refinancement. Ces opérations permettent d’atténuer d’éventuels chocs de liquidité bancaire, ce qui aurait pour effet d’entrainer une hausse des taux d’intérêts, et donc un accès plus difficile au crédit pour les particuliers et les entreprises. Ce sont des ajustements temporaires, précédés d’appels d’offres rapides, pour favoriser la liquidité bancaire. Les contreparties en garantie sont plus limitées. Les opérations prennent la forme de cession temporaire, swap de devises contre euro, reprises de liquidités.

Les opérations structurelles repose sur des cessions temporaires ou des émissions de certificats de dette. Ces opérations agissent sur une longue durée et n’impactent pas le taux d’intérêt, elles servent à des apports de liquidités de longue durée au système bancaire, et émettant des certificat de dette, elles accroissent le besoin au refinancement.

Les opérations non-conventionnelles, le QUANTITATIVE EASING

C’est un instrument particulier dont dispose les banques centrales pour faire varier la quantité de liquidités en circulation dans l’économie, en agissant sur le cout du crédit, sur l’inflation, et donc sur la croissance. Avec cet outil, la Banque Centrale achète massivement des actifs aux banques en échange de monnaie, que les banques prêtent aux particuliers et aux entreprises. Dans l’Eurosystème, cela représente 2 000 milliards, soit 20% du PIB de la zone euro. Le danger est de créer des bulles spéculatives, mais l’effet du QE n’est pas garanti.

Le marché interbancaire

C’est un marché réservé aux banques, qui s’échangent entre elles des actifs financiers de court terme, entre un jour et un an. Les banques traitent librement entre elles, c’est un marché de gré à gré, entre les banques qui ont des liquidités disponibles, et des banques qui ont des besoins de financement. Cela dit, une banque peut être prêteuse et emprunteuse sur le marché interbancaire.
En effet, elle peut prêter des liquidités sur quatre jours, mais si au troisième jour elle doit honorer ses réserves obligatoires de 1% à la Banque centrale et qu’il lui manque des liquidités, alors elle emprunte pour une seule journée ces fonds sur le marché interbancaire.

Le marché interbancaire

Les différents agents économiques que sont les Banques d’affaire, les établissements de crédit et la CDC interviennent sur le marché monétaire interbancaire, en utilisant des titres de créances négociables.

Les titres de créances négociables regroupent les Bons du trésor à taux fixes (BTF), les Certificats de dépôts négociables, et les Billets de Trésorerie.

– L’Etat émet des Bons du Trésor à taux fixe de maturité inférieure ou égale à un an. Ces BTF sont émis sur le marché primaire et ne sont accessibles que par les établissements de crédit. Les autres acteurs vont acquérir ces titres sur le marché secondaire. ces titres sont à intérêts précomptés (ou IPA : on les calcule donc avec connaissance de la valeur finale).

Les SVT (Spécialiste en Valeurs du Trésor) font des BTF un marché extrêmement liquide. La durée des BTF est en nombre entier de semaines, comme 13, 26 ou 52 semaines. Leur coupure nominale est de 1€. L’Agence Française du Trésor émet les BTF chaque semaine, selon un calendrier très précis. Chaque semaine seront émis un BTF trimestriel, un BTF semestriel, et un BTF annuel.

– Les établissements de crédit émettent des Certificats de Dépôts Négociables. Ces CDN permettent aux banques de trouver le complément de ressources qu’elles ne trouvent pas sur le marché interbancaire. C’est un titre de créance, dématérialisé, qui représente un dépôt à terme d’un montant minimum de 150 000 euros, émis par un établissement de crédit. Sa durée varie de un jour à un an, l’échéance est fixée lors de l’émission et son rendement dépend des taux pratiqués sur e marché. Il est ensuite négociable sur le marché secondaire, sans pénalité pour liquidation anticipée comme c’est le cas pour les dépôts à terme. De fait, les intérêts sont postcomptés (valeur initiale et taux).

Les billets de trésorerie, émis par les entreprises. Ces titres sont émis par une entreprise industrielle ou commerciale, privée ou publique. Ils sont à intérêts précomptés, à échéance de 30 ou 45 jours. Leurs taux dépendent de la signature de l’entreprise, et c’est un marché peu liquide.

LES TAUX D’INTERETS

Les échanges se font au taux du marché interbancaire, c’est à dire le prix de l’argent au jour le jour. Le prix est calculé en faisant la moyenne des taux pratiqués dans la journée.
La principale référence est l’EONIA (Euro Overnight Index Average) depuis le 4 janvier 1999. On le traduit par Taux Européen Moyen Pondéré (TEMPE).
L’EONIA résulte de la moyenne des taux d’intérêts des prêts interbancaires à échéance d’une journée (Les prêts interbancaires sont les crédits que les banques s’accordent entre elles pour se refinancer). A la fin de chaque journée, 57 grandes banques (parmi les mieux notées) transmettent à la Banque Centrale Européenne la moyenne des taux des prêts remboursables en un jour qu’elles se sont accordées entre elles. Ce sont 47 banques européennes et 10 banques étrangères implantées dans la zone euro. La BCE effectue une moyenne pondérée et la fédération bancaire européenne publie le résultat chaque jour d’ouverture à 9h (c’est à dire chaque jour d’ouverture du système de règlement interbancaire « Target 2 »). L’EONIA est publié avec 3 décimales après la virgule, sur la base de 360 jours.

Le marché monétaire européen a accueilli un nouvel indice le 2 octobre 2019, l’€STR, qui doit remplacer l’EONIA d’ici 2022. L’€STR ne pourra pas être manipulé comme le LIBOR, et présentera plus de transparence , de supervision, et permettra plus de liquidité.

– L’€STR sera basé sur des transactions réelles, effectuées sur des marchés actifs et liquides
– il se déclinera sur une large palette de maturité
– il servira de référence aux prêts et financement à terme, pour une meilleur gestion du risque entre actif et passif.

L’EONIA permet également le calcul d’autres grands indicateurs comme le T4M : Taux Moyen Mensuel du marché Monétaire, qui est une moyenne arithmétique de l’EONIA.
Le Taux Annuel Monétaire est différent puisqu’il s’agit du taux de rendement d’un placement mensuel renouvelé chaque fin de mois pendant 12 mois avec intérêts capitalisés.

L’EURIBOR
Euribor, pour Euro Interbank Offered Rate, est un taux d’intérêt moyen auquel de nombreuses banques (le panel) se consentent des prêts en euros. Pour déterminer ce taux, la marge supérieur (15%) et la marge inférieur (15%) ne sont pas pris en compte.
Il y a cinq Euribor : une semaine, un mois, trois mois, six mois, douze mois. Ces taux sont publiés chaque jour à 11h « central european time ».
Parmi l’ensemble des taux Euribor, le taux à un an est la référence majeure. Ce taux va être utilisé par un établissement de crédit qui va prêter aux entreprises et/ou aux particuliers à des échéances équivalentes. L’établissement de crédit va rajouté une marge d’intérêt supplémentaire en fonction du risque de l’emprunteur.
Les taux Euribor négatifs, censés relancer la croissance européenne par un effet de relance de l’activité économique (consommation et investissements) se répercute également sur le rendement des placements. De fait, les obligations de haute qualité sont devenues à leur tour des obligations à taux négatifs.

Le LIBOR
London Interbank Offered Rate est la réponse des principales banques à la question : « Quel taux pensez-vous que les autres banques vous demanderaient pour vous prêter de l’argent ? ». Ce taux est calculé chaque jour ouvré pour cinq devises et sept maturités (de un jour à 7 ans). C’est un outil de comparaison (benchmark) des banques, et il sert de référence pour des Futures ou des Options. la manipulation du Libor ces dernières années a fait que le Wall Street Journal conteste la légitimité des taux publiés.

A propos de Didier Durand 121 Articles
Expert en Gestion internationale de Patrimoine et Solutions de Sécurité privée.

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